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Je m’appelle Nicolas GEORGE, chasseur au 3e bataillon du 16e régiment d’infanterie légère. Depuis près d’un an, je suis affecté à la citadelle de Montmédy, cette forteresse de pierre perchée au-dessus de la vallée de la Chiers.
Lorsque j’y suis arrivé, je trouvais l’endroit austère. Aujourd’hui, alors que la guerre se rapproche de nos frontières, ses murailles me paraissent presque rassurantes. La citadelle est imposante. Ses bastions dominent les environs.
Chaque matin, bien avant le lever du soleil, le tambour nous tire du sommeil. Après l’appel, nous recevons notre ration. Notre journée est rythmée par les corvées. Certains nettoient les fossés, d’autres transportent des munitions vers les magasins à poudre. Ma compagnie est souvent chargée de surveiller les remparts. De là-haut, nous observons les routes qui serpentent à travers les collines de Lorraine. Le moindre nuage de poussière attire notre attention.
Depuis plusieurs semaines, les nouvelles venues de l’est sont inquiétantes. On dit que les Russes, les Prussiens et les Autrichiens avancent partout.
Les soirées sont les moments que je préfère. Une fois les rondes terminées, nous nous rassemblons autour d’un feu maigre. Les anciens racontent leurs campagnes avec l’Empereur. Ils parlent d’Austerlitz, d’Iéna ou de Wagram. D’autres évoquent la retraite de Russie.
Puis vient la nuit, avec le peu de sommeil, la peur et les cauchemars. Dans la folie des rêves, mon cerveau invente, près de moi, des chariots de ferraille qui bougent tout seuls, des royalistes sur les remparts ou encore des troupes de chevaliers du Moyen Âge. Difficile de trouver le repos dans ces conditions.
La tension devient palpable. Nous recevons l’ordre de renforcer certaines positions. Les artilleurs vérifient chaque canon. Les réserves de poudre sont comptées avec soin. On nous fait exercer plusieurs fois par semaine aux manœuvres de défense.
La vie de garnison est faite d’attente. On parle souvent des grandes batailles, mais rarement de ces longues journées où l’on guette un ennemi qui ne vient pas encore. L’ennui alterne avec la peur.
Puis arrive la nouvelle que personne n’osait imaginer.
Paris est tombé.
Ce jour-là, un silence étrange s’abat sur la citadelle de Montmédy. Les hommes se regardent sans savoir quoi dire. Certains pleurent. D’autres semblent soulagés que la guerre touche enfin à sa fin.
Je monte une dernière fois sur les remparts. Les murs de Montmédy sont toujours là, solides comme au premier jour. Mais le monde qu’ils défendaient vient de changer pour toujours.
Je reviendrai à Montmédy l’année suivante, défendant la citadelle contre les Prussiens de la 7e coalition, du 16 juillet au 22 septembre 1815, mais sous un autre uniforme. Mon beau régiment du 16e léger ayant été dissous le 12 mai 1814 et n’ayant pas été reconstitué.
