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Paris, 16 février
Ma très chère mie,
Me voilà de retour de la bataille de Montereau, et ces quelques premiers instants de repos me permettent de penser à toi.
J’ai eu si froid, je suis si sale.
Tu te souviens, mon amour ? Il y a quelques jours, j’étais encore dans tes bras… Et c’est sur ordre de l’Empereur que j’ai repris la route pour rejoindre le 16ᵉ régiment d’infanterie légère et retrouver mes camarades du 1ᵉʳ bataillon aux portes de cette ville.
Le vendredi 13 février au soir, avec la Bûche et l’Horloge, nous commençons à monter le bivouac. Nous sommes vite rejoints par la Baguette et Quentin, un nouveau conscrit. Suivent ensuite notre blanchisseuse et notre cantinier (Anne et Christophe) et enfin Maxim, toujours aussi enthousiaste.
Le repas se passe sous un vent glacial… Mais la joie de tous se retrouver nous réchauffe. Tous partis de nos foyers, nous mangeons de bon appétit les victuailles apportées : le vin coule à flot, le pinot aussi. Nous nous couchons de bonne heure dans une bâtisse réquisitionnée, car nous savons tous que les deux prochains jours seront éprouvants.
Le samedi matin, le réveil se fait de bonne heure. Nous nous hâtons de nous préparer afin de rejoindre notre sergent, accompagné d’un nouveau conscrit, Marty. Le froid nous transperce de toutes parts, nous tentons de nous réchauffer comme nous le pouvons : l’hiver est bien là en cette matinée de février.
Une fois le déjeuner avalé, les deux nouvelles recrues se pressent pour une courte instruction. Et c’est le rassemblement : nous comblons les rangs du 17ᵉ léger avec nos camarades du Second Bataillon du 16ᵉ Léger. Nous avons déjà eu maintes fois l’occasion de combattre côte à côte par le passé, avec les grenadiers réunis d’Oudinot entre autres. Nous les connaissons bien, et leurs officiers sont compétents : nous nous faisons des accolades, heureux de tous nous revoir.
Et puis, le moment est venu : nous partons sur des charrettes, chercher l’Autrichien et le Wurtembergeois. C’est au milieu de nulle part que nous les apercevons, au détour d’un chemin dans les bois. Le sol est détrempé, nous glissons sur ce chemin pentu. Le caporal l’Horloge, nommé sergent suite aux récentes pertes, ne cesse de nous motiver et notre blanchisseuse, toujours présente près de nous, nous apporte de l’eau bienfaitrice.
C’est au bout de ce chemin, dans une clairière, que nous les voyons : tant d’uniformes verts et gris nous barrent la route. La bataille s’engage, cela tire de partout. La fumée des fusils nous aveugle, nous crions, chantons pour nous donner du courage. Mais nous les repoussons, aidés de l’infanterie de ligne et de la Garde Impériale. Je ne sais par quel miracle nous sortons tous indemnes de cette escarmouche.
De retour en ville, la Grande Armée a réquisitionné une grange où nous mangeons tous ensemble : les habitants ont eu à cœur de nous préparer un bon dîner chaud. Nous mangeons de fort bon appétit car la grande bataille est annoncée en soirée.
Avant la bataille, l’Empereur a voulu que nous défilions dans les rues de la ville afin de montrer notre grandeur et notre force. Ces habitants sont époustouflants, ma mie : ils nous acclament, nous applaudissent, nous saluent… Quelle fierté !
17 heures sonnent et c’est le rassemblement au son du tambour. Je suis soulagé, je ne prendrai pas part au combat. Une fois de plus, l’Empereur a tenu à ce que j’immortalise ces instants avec mes pinceaux : je remercie ma très chère mère de m’avoir donné un tel don. Je prête donc mes effets à notre jeune conscrit Marty : il me remercie chaudement, il partira bien équipé.
Le champ de bataille se dévoile sous nos yeux, nous nous mettons en place. Déjà, les canons ennemis grondent. De tir en tir, de charge en charge, nous repoussons l’ennemi. Ce dernier, alors que la nuit tombe, est défait. L’Empereur peut alors réunir ses troupes victorieuses et donner la solde à chacun de ses valeureux grognards.
Mais nous savons que la victoire n’est pas totale : l’ennemi commence déjà à se réorganiser et reviendra le lendemain. Le soir, la bonne soupe réconfortante de notre cantinier nous réchauffe et nous revigore.
Et en effet, le dimanche, nous repartons à la recherche de nos ennemis. Le combat s’engage dans le parc du château des Amendes : de nouveau des tirs, de la fumée, des charges… Chacune des armées finit par revenir sur ses positions et le combat s’arrête.
Nous rentrons au bivouac, mais à peine arrivés, nous repartons au son du tambour : la bataille finale s’annonce. Et de nouveau, nous nous mettons en place. C’est le cœur battant la chamade que nous attendons les ordres. Nous tirons, rechargeons, tirons de nouveau. L’ennemi charge sous une pluie naissante, puis c’est le corps à corps. Nous le repoussons. Nous prenons l’avantage : de charge en charge, nous acculons ces Autrichiens et Wurtembergeois jusqu’à la victoire finale.
Nous retournons à notre bivouac, après un dernier salut de notre Empereur, plions notre paquetage, pressés de retourner à notre cantonnement sur Paris. Après de chaleureuses accolades avec nos frères d’armes du 2ᵉ bataillon et du 17ᵉ Léger, nous nous mettons en route.
La bonne nouvelle, c’est que l’Empereur m’a accordé une permission : il souhaite que je lui présente mes esquisses de cette victoire très vite. C’est beaucoup de travail, mais au moins je passerai la fin de l’hiver au chaud avec de bons repas. J’espère que l’Empereur sera content de mon travail.
Ma chère et tendre, je te laisse en espérant te revoir très bientôt.
Ton amour.
Post Scriptum : tu trouveras ci-dessous une partie des œuvres que je compte présenter à l’Empereur. Elles représentent assez fidèlement ces dernières journées, ne penses-tu pas ?
